Elené Shatberashvili

Paintings and Drawings, Chapter 1

7 septembre - 8 octobre 2024
Atrata by Gil Presti, Paris

Suite Ă  sa rĂ©sidence cet Ă©tĂ© Ă  la Villa Atrata, ElenĂ© Shatberashvili (nĂ©e en 1990 Ă  Tbilissi, GĂ©orgie) prĂ©sente une sĂ©lection de peintures et de dessins rĂ©cents dans la galerie d’Atrata qui offre une vue sur les jardins du Palais Royal. Ses compositions lumineuses intĂšgrent les ombres profondes de la saison la plus Ă©clatante. Travaillant Ă  l’huile, les toiles de petit format de l’artiste sont des Ă©tudes dynamiques de la lumiĂšre et de la forme. De mĂȘme, ses Ɠuvres au fusain sur papier sont autant une recherche de l’acte prĂ©cieux de l’attention qu’une exploration de ses motifs rĂ©currents : cercles, Ɠufs, fleurs, Ă©chelles et miroirs.

Avec une attention intime aux cycles Ă©phĂ©mĂšres de la nature et de la croyance, Shatberashvili plonge dans la mĂ©moire du paysage et du site. Un vase de fleurs coupĂ©es rappelle une promenade dans un champ, tandis qu’une composition ludique sur une table Ă©voque une trace Ă©trange troublante d’un repas entre amis. À Atrata, une musicalitĂ© persistante unit la sĂ©lection de peintures et de dessins de Shatberashvili. Chaque Ɠuvre joue avec les possibilitĂ©s des autres.

AprĂšs ses Ă©tudes en architecture, Shatberashvili s’est tournĂ©e vers la peinture Ă  l’École nationale supĂ©rieure des beaux-arts de Paris. L’artiste continue de vivre et de travailler dans la capitale française. Il s’agit de sa premiĂšre exposition chez Atrata. L’Ɠuvre de Shatberashvili a fait l’objet d’une exposition personnelle Ă  la gb agency, Paris (2023). Parmi ses expositions collectives rĂ©centes figurent Sanctuary Ă  LC Queisser, Tbilissi (2024) ; Host, commissariat de Lisa Offermann, Ă  la Galerie Frank Elbaz (2024) ; The Painting Show Ă  la Gallery Artbeat, Tbilissi (2023) ; Immortelle au MO.CO, Montpellier (2023) ; Cache-cache chez Perrotin, Paris (2023) ; Entre tes yeux et les images que j’y vois Ă  la Fondation Pernod Ricard, Paris (2022) ; et Space and Place Ă  EIGEN + ART, Leipzig (2021).

Elené Shatberashvili 

Crimson, Chapter 2

Commissariat : Lillian Davies

28 juin – 20 juillet

Villa Atrata, Chapelle Sainte-Croix | 86260 Angles-sur-l’Anglin

De retour Ă  Angles-sur-l’Anglin un an aprĂšs sa rĂ©sidence Ă  la Villa Atrata, l’artiste gĂ©orgienne ElenĂ© Shatberashvili prĂ©sente Crimson, une exposition composĂ©e de nouvelles peintures et dessins ainsi que d’une installation sonore conçue spĂ©cifiquement pour l’espace de la chapelle Sainte-Croix. NommĂ©e d’aprĂšs la Sainte Croix, la croix de la crucifixion du Christ, cette structure dĂ©sacralisĂ©e prĂ©sente des murs intĂ©rieurs enduits d’un rose pĂąle. Le lieu correspond aux restes de la nef d’une Ă©glise autrefois plus vaste qui faisait partie de l’abbaye Sainte-Croix, fondĂ©e au XIe siĂšcle et dĂ©truite pendant les guerres de Religion.

En prĂ©parant cette exposition, ElenĂ© a explorĂ© un autre site historique local, liĂ© Ă  sa fascination continue pour la forme Ă©nigmatique de la grotte. Plus de dix mille ans avant que l’évĂȘque de Poitiers n’érige l’abbaye Sainte-Croix, une communautĂ© magdalĂ©nienne vivait sur les rives de l’Anglin. Outils en pierre, bijoux en perles et bas-reliefs sculptĂ©s dans des grottes calcaires — le fameux Roc-aux-Sorciers — tĂ©moignent d’une civilisation prĂ©historique complexe. Au milieu du XXe siĂšcle, un trio d’archĂ©ologues, parmi les toutes premiĂšres archĂ©ologues d’Europe, dĂ©couvre une reprĂ©sentation de trois nus fĂ©minins dans ces cavernes crayeuses sculptĂ©es par le cours de la riviĂšre. Sans tĂȘtes, ces figures uniques se distinguent par leurs ventres ronds, leurs hanches courbes et leurs plis doux. Telles des icĂŽnes primitives, leurs formes auraient scintillĂ© Ă  la lumiĂšre du feu comme des symboles de vie, de plaisir et de fĂ©conditĂ©, rythmĂ©s par les saignements du cycle lunaire. 

Lors de l’exposition Paintings and Drawings, prĂ©sentĂ©e l’automne dernier Ă  la Villa Atrata Palais-Royal, ElenĂ© Shatberashvili introduisait le motif et le carmin profond du coquelicot. À la chapelle Sainte-Croix, elle se consacre entiĂšrement Ă  la couleur rouge. L’iconographie religieuse Ă©tant toujours au cƓur de son travail, Shatberashvili explore la fluiditĂ© entre le figuratif et l’abstrait, symbolisant  l’expansion picturale du rĂ©el vers l’au-delĂ . Symbole de sommeil, de mort et relique de la Passion du Christ, les pĂ©tales dĂ©licats et la tige du coquelicot rĂ©apparaissent ici dans ses immenses paysages astraux. Travaillant l’huile sur toile, la finition liquide de l’artiste et le flot sinueux de ses coups de pinceau façonnent la profondeur de ses compositions, crĂ©ant autant de refuges et de formes potentielles. Les sphĂšres qui Ă©mergent de ses toiles Ă©voquent Ă  la fois la force de la pleine lune et le mystĂšre intemporel du crĂąne humain. Il est Ă©galement important de noter que, dans les reprĂ©sentations traditionnelles de la Sainte Croix dressĂ©e sur le mont Golgotha, un crĂąne repose Ă  sa base, signalant la transition vers les royaumes ambigus de la mort et du rĂȘve. La peinture de Shatberashvili fait Ă©cho Ă  cette composition iconique, Ă  l’histoire stratifiĂ©e de ce lieu, ainsi qu’à une rumeur locale selon laquelle un saint reposerait sous le sol de la chapelle, malgrĂ© le fait qu’aucune preuve n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. 

Bien qu’elle Ă©tudie depuis longtemps la peinture d’icĂŽnes byzantines, Shatberashvili expose une Ɠuvre rĂ©alisĂ©e dans cette technique pour la premiĂšre fois cet Ă©tĂ©. Ses icĂŽnes, actuellement visibles au Centre Pompidou-Metz dans le cadre de l’exposition Copistes en collaboration avec le MusĂ©e du Louvre, invoquent ici, Ă  la chapelle, les sept dormants d’ÉphĂšse. Selon cette lĂ©gende chrĂ©tienne, au IIIe siĂšcle, sept jeunes gens, persĂ©cutĂ©s par l’empereur romain pour leur foi en JĂ©sus-Christ, se rĂ©fugiĂšrent dans une grotte prĂšs du rivage mĂ©diterranĂ©en. Dans l’obscuritĂ© humide, ils s’endormirent et se rĂ©veillĂšrent deux siĂšcles plus tard, telle une rĂ©surrection miraculeuse. « Cette image m’est vraiment restĂ©e », dit Shatberashvili. La grotte est une Ă©nigme constante dans son Ɠuvre.

Comme pour activer la cloche de l’Eglise — aujourd’hui silencieuse sur le sol de pierre de la chapelle — Shatberashvili inonde cet espace voutĂ©, presque caverneux, d’un enregistrement de sonnailles de vaches, captĂ© sur une montagne en GĂ©orgie. Évoquant d’un mĂȘme geste la NativitĂ© et la rĂ©sonance d’un appel Ă  la priĂšre, son installation sonore crĂ©e un environnement immersif rappelant un lieu bien prĂ©cis : la rĂ©gion d’origine de sa famille, l’Imereti, et leur village, Svari, qui signifie « vignoble ». Terre de vin, produisant encore ce liquide bordeaux qui symbolise — voire se transsubstantie, selon certains — en sang du Christ.

Comme la religion, l’art repose sur la croyance. On pourrait imaginer que les visiteurs de ce grandiose Ă©difice de pierre, empli des Ɠuvres de Shatberashvili sur bois, toile et papier, marchent dans les pas du saint septuor d’ÉphĂšse. Parfois, entrer dans une exposition, c’est fuir les souffrances du dehors. Et parfois aussi, on reste suspendu, par la foi, comme pour l’éternitĂ© — ou presque.

— Lillian Davies

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